Athènes-2004: Médaille d'argent pour le Marocain Abdelghani Gtaib (1500m/T46)
L'athlète marocain Abdelghani Gtaib a remporté, lundi, la médaille d'argent de l'épreuve du 1500m (T46), comptant pour les jeux paralympiques d'Athènes. Abdelghani Gtaib a terminé deuxième avec un chrono de 4mn 01sec 77/100, derrière l'Algérien Samir Nouioua qui s'est imposé avec un temps de 3:38.75.
La troisième position est revenue à un autre algérien Mohamed Aissaoui, auteur de 4:02.06. De son côté, Abdeljallil Attifi, deuxième marocain engagé sur le 1500m (T12) , s'est qualifié pour la finale de cette épreuve qui sera disputée mercredi prochain.
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Volleyball:La sélection marocaine juniors sacrée championne d'Afrique
L'équipe nationale juniors a remporté le championnat d'Afrique de volley ball en surclassant, dimanche à Nairobi, en finale son homologue tunisienne par trois sets à deux. Les juniors marocains, formés dans le centre de Bellevue de Rabat, avaient éliminé au précédent tour les égyptiens par trois sets à un.
Les Marocains avaient dominé en phases de groupe leur poule (B) en battant successivement la sélection du pays organisateur, le Kenya, par trois sets nets puis le Soudan sur le même score.
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Les secrets de Hicham El Guerrouj
Même en plein festival du film de Salé, dans l’obscurité du cinéma « Dawliz » et sur la luminosité de l’écran, Hicham El Guerrouj, a réussi à se glisser et prendre la vedette.
Non, on ne projetait pas une de ses brillantes courses, tout comme il ne figurait pas parmi les prestigieux invités.
Hicham a surgi en pleine séance de récompenses et trophées lorsque la réalisatrice française Agnès Varda honorée par le festival (comme Fatine Hamama, et Habiba Medkouri) déclara :
« Je voudrais dire mon admiration pour votre champion Hicham El Guerrouj, ses courses sont extraordinaires, mais plus que tout je suis fascinée par ses grands yeux, son sourire, c’est un formidable champion au visage d’enfant ».
Applaudissements nourris dans la salle. Plus tard, quand on rapportera cette déclaration à El Guerrouj, ses yeux en pétilleront d’aise, et son sourire en dira long sur sa satisfaction.
Hicham est comme tout le monde, il aime les compliments et même s’il sait reconnaître les flatteries, il a toujours le large sourire qui souligne une intense joie interne.
Au cours de ces dix dernières années, Hicham en aura vu des micros tendus vers lui, des milliers de questions, et autant de réponses. Chacun voulant en savoir plus, chacun désireux d’entrer dans le monde intime de ce champion hors normes.
Car la vie des hommes extraordinaires fascine les foules, et il y a des millions de personnes qui payeraient cher pour l’approcher, prendre une photo avec lui, ou avoir un simple autographe. Quand on demande à El Guerrouj comment il vit cette célébrité planétaire, il répond :
« Je n’ai pas changé car je sais d’où je viens, je sais ce qu’a enduré mon père dans sa petite gargote de vendeur de casse-croûtes. Je me rappelle, quand pour améliorer l’ordinaire, à l’âge de 15 ans, j’étais apprenti mécanicien dans un garage, chez un ami de mon père. J’y ai travaillé deux ans, et je ne voulais pas que la graisse salisse mes chaussures de sport, j’aurai eu trop honte à l’entraînement avec les autres enfants. Et un jour une pièce énorme en métal est tombée sur moi et m’a brisé le poignet droit ».
Il s’en va dans ses souvenirs et regarde sa main, comme s’il allait encore y voir les traces du terrible choc.
Peut-être qu’enfoui dans sa mémoire, la douleur est encore là, mais non, on est assis dans son salon, dans son bel appartement à Hay El Ryad.
Tout ça n’est plus qu’un souvenir. Son père, revenu de la mosquée et de la prière d’Al Moghrob, écoute avec attention, regardant intensément ce fils prodige qui, brusquement, est sollicité par le monde entier.
A ce moment se rappelle-t-il, ce papa attentif et paisible, Hicham, petit gamin l’aidant à préparer les brochettes et à allumer le feu, et puis à servir les clients, à rendre la monnaie ?
Aujourd’hui, ce petit gamin, est à la tête d’une fortune qui se compte en millions de dollars. Dans le salon, il y a une grande vitrine où étincellent médailles et trophées. « Je n’ai plus de place pour les mettre. Tout ça, ne sont que les prix des premières années.
Il va me falloir une pièce entière pour exposer tout ce que j’ai gagné ».
On lui demande quelle est donc la victoire qui lui a fait le plus plaisir, celle dont il se rappelle le plus. El Guerrouj réfléchit, on voit son front se plisser, car il fait un effort pour sélectionner parmi tous les événements inscrits dans sa mémoire, le fait qui l’aura le plus marqué.
Profond silence, que va-t-il dire ?
Mais non, il ne trouve pas, ou plutôt il n’arrive pas à choisir...
On l’aide un peu « Et les 2 médailles d’or d’Athènes ? » , « Oui bien sûr, répond-il, mais je n’arrive pas encore à réaliser. Je suis en train de me répéter à chaque instant que j’ai rattrapé mes deux médailles olympiques ratées.
Tu te rends compte, huit années de déception, de tristesse, et puis, en un seul coup, les deux médailles d’or arrivent. C’est fou ».
Tout vient à point à qui sait attendre.
Oui, c’est sûr. J’ai appris avec le temps qu’il ne faut jamais être pressé, qu’il ne faut jamais forcer le destin.
Il faut tirer les leçons de tout cela. Et la principale leçon, et c’est ça que j’aimerais bien que l’on enseigne dans les écoles, c’est que la volonté, le travail et la patience finissent toujours par payer ».
On lui raconte alors que Roger Lemerre, entraîneur de la Tunisie, lors d’une conférence de presse donnée à Rabat à la veille du dernier Maroc-Tunisie a déclaré : « Ce sont tous les échecs, toute la force, toute la foi d’El Guerrouj dans ses capacités qui ont fait la différence dans le 1500 m d’Athènes, lors des deux dernières foulées. C’est avec ces deux enjambées fantastiques qu’El Guerrouj a pu vaincre... »
On lui dit aussi que Vahid Halihodzic, l’entraîneur du P.S.G a, dans les vestiaires, fait diffuser la cassette de son 1500 m olympique d’Athènes comme exemple magistral de volonté.
Hicham sourit et apprécie.
« Après ce 1500 m, le 5000 m a paru plus facile non ? »
« A Athènes, il s’est passé quelque chose de magique. Je suis arrivé, détendu, loin des angoisses et des doutes qui m’avait envahi au mois de juillet. Initialement je devais aller à l’hôtel. En arrivant après l’accréditation, j’ai été au village olympique, où l’ambiance m’a plu, et j’ai décidé de rester. Mais la première nuit a été difficile, je n’ai pas pu dormir, les lits étaient trop petits et à trois heures du matin, je me lève et j’appelle pour dire que je vais à l’hôtel. En sortant de ma chambre, j’ai rencontré Temsamani (le boxeur) qui m’a accompagné dehors pour prendre un taxi, sauf qu’il avait laissé son badge à l’intérieur du village, et on ne l’a pas laissé revenir. Je suis parti à l’hôtel et Temsamani a dû avoir pas mal de problèmes pour convaincre la « sécurité » du village olympique.
Le lendemain, je reviens prendre mes affaires et là je suis pris dans l’ambiance du village, il me paraît beaucoup plus sympa et je décide, alors d’y rester définitivement.
J’ai trouvé un terrain où je m’entraînais avec Zrinigate et lui me disait toujours : « Ecoute Hicham, tu n’as pas à t’inquiéter, tu es bien préparé, tu es au top, tu vas gagner deux médailles. Sans problème. Et il me disait tout cela tranquillement, je me disais, il est dingue ce gars-là, il est voyant ou quoi, il prévoit l’avenir, ce n’est pas possible. Et pourtant il avait raison à cent pour cent.
Mon manager, Laurent Buquiller, aussi était d’un optimisme tranquille. Il m’avait dit : Ecoute, il va t’arriver ce qui est arrivé à Neil Armstrong du cyclisme. Il a été très malade, il a été condamné par les médias, on a dit qu’il était fini, et on a vu comment il est revenu au sommet.
Le jour de la course du 1500 m, j’avais déjà couru mille fois dans ma tête, en pensant à toutes les possibilités. Lièvre ou pas lièvre, course rapide ou course lente... Et puis en finale tout s’est passé différemment.
Quand j’ai décidé de prendre la tête de la course, je me suis interdit même de regarder les écrans de contrôle, je ne voulais pas savoir où était Lagat. Je sentais qu’il était derrière moi, mais je ne voulais pas savoir à quelle distance, je pensais au sprint final, et j’ai décidé de garder un peu d’influx pour redémarrer quand il m’attaquera. On est au virage, le dernier, il passe à l’extérieur, mais ne me dépasse pas. On reste épaule, contre épaule, je sens son souffle, la ligne d’arrivée approche, et là, il accélère, en une seconde je le vois devant moi, c’est ce que j’avais prévu, je reprends de la vitesse et je le dépasse, Lagat lui est à fond, au bout de ses forces, il ne peut réagir. Je franchis la ligne avant lui, ça y est j’y suis arrivé, je suis champion olympique. 8 années de déceptions effacées en moins de 4 minutes.
Après cela, tout est devenu plus beau à Athènes. J’étais heureux au village, Ismaïl Sghir était toujours avec moi.
Je suis allé au meilleur de ma forme pour le 5000 m, et en finale, avant la course, à l’échauffement Kipkoche, le Kenyan, a demandé à se faire prendre en photo avec moi. Là je me suis dit, ça prouve que je l’impressionne, c’est bon pour moi, et ça m’a donné encore plus de confiance. Quant à Bekele, l’Ethiopien, il était pâle, livide.
Une fois la course commencée avec l’allure très lente qu’elle a prise, je savais que c’était plié, que j’allais gagner.
Je me suis bien placé pour éviter bousculades ou chutes, et j’ai attendu le bon moment... ».
C’est la 2ème médaille d’or. Le 5000 m, après le 1500 m. Hicham qui rejoint Paavo Nurmi dans la légende. « Je n’ai pas encore réalisé...Mais c’est sûrement quelque chose de fabuleux. Cela prendra peut-être encore plus de valeur dans l’avenir... Et cet exploit correspond bien à ma philosophie du sport, je n’ai jamais couru pour l’argent, je cours pour marquer l’Histoire, pour entrer dans la légende. Je ne raisonne pas en termes matériels, mais en moments de gloire.
A Athènes quand j’étais dans mon lit, avant les courses, je me disais Hicham, tu es là pour gagner et entrer dans la légende. Tu vas faire honneur à ton pays et à ton Roi.
Je suis Marocain, je cours pour la renommée du Maroc, c’est pour ces moments-là qu’à 17 ans, j’ai quitté Berkane pour venir à Rabat, à l’institut des athlètes.
Je me suis entraîné très dur. Mais, contrairement à ce qu’on peut penser, j’ai toujours eu beaucoup de plaisir à m’entraîner. C’est plutôt quand je ne m’entraînais pas assez ou quand je n’étais pas au top de ma forme, que j’étais malheureux.
La chute en 96 à Atlanta, m’a peut-être rendu plus fort. Si j’avais gagné cette année-là, la médaille d’or olympique, peut-être que toute ma vie aurait été différente. Peut-être qu’elle aurait été moins belle... Il est sûr en tout cas que les épreuves m’ont formé ».
« Tu seras peut-être maintenant moins sensible aux critiques ».
Non, je ne crois pas que je sois un hyper sensible, je suis sincère. Je ne peux pas être hypocrite.
J’ai toujours respecté tout le monde, et je réagis quand on ne respecte pas mes efforts, ... J’ai le droit, parfois d’être en colère ... mais c’est toujours quand on cherche à me salir, à ignorer ce que je fais, pour répandre des mensonges. J’aime être professionnel dans tout ce que je fais.
C’est comme pour les interviews, tout le monde m’en demande. Je ne peux pas répondre à tout le monde.
Je ne veux parler que lorsqu’il y a quelque chose à dire, je ne veux pas perdre ma crédibilité ».
Là qu’est-ce qu’il y a après « Paris Match », « L’Equipe », « The Times » etc...
Le 27 octobre, il y a CNN qui va faire un documentaire sur moi, il y a aussi la BBC, et... « L’Opinion » conclut-il en rigolant.
- Athènes restera quelque chose de spéciale.
Oui, en 97 c’est là que j’ai été Champion du Monde la 1ère fois et sept ans plus tard, j’y suis double Champion Olympique. Un copain m’a dit : Athènes, c’est la Méditerranée ; Socrate et El Guerrouj (il rit).
-Dans ta jeunesse, tu as sûrement beaucoup plus vu courir Morcelli qu’Aouita.
Je me rappelle bien d’une course de Aouita, celle de Cologne en 89 où il a battu le record du monde du 3000 m.
Morceli, je l’ai rencontré la première fois à Cologne dans un aéroport, c’était en 94.
Je l’ai salué et j’étais tout impressionné, tout tremblant, mais en même temps, je me disais, je vais te battre un jour, je vais faire mieux que toi.
- Tu lui as pris tous ses records.
Non, je ne lui ai rien pris. C’est le sport qui lui a tout pris.
- L’an prochain en 2005 ?
J’ai un gros objectif battre le record du monde du 5000 m. Il est énorme. Aouita l’avait mis à 12’58, Bekele l’a placé cette année 12’46. Il faudra être fort pour aller le chercher et ce serait beau de réussir ».
Un jour tu arrêteras ...
Oui, tout s’arrête, tout a une fin. J’espère que pour moi, lorsque la compétition sera finie, que je réussirai ma vie autant que, j’ai réussi en sport. Mais pour cela je veux étudier, me former, grandir intellectuellement, je veux créer des entreprises, devenir manager économique, mais je ne veux pas réussir sur mon seul nom, parce que je suis El Guerrouj, c’est pour ça que je vais beaucoup étudier et me former, et réussir ma vie de famille...
Vu ta volonté, et la rapidité avec laquelle tu apprends, tu vas sûrement y arriver ...
Inchaâ Allah, et puis pour conclure, j’aimerais dire à tous d’être compréhensifs avec moi. Si jamais j’ai blessé quelqu’un, qu’il m’en excuse, je peux, moi aussi, dire des bêtises, je suis encore jeune, il faut me comprendre et me pardonner ».
Et c’est sur cette incroyable et touchante parole que l’on prend congé d’El Guerrouj, le champion pas comme les autres.
Interview réalisée par Najib SALMI pour L'opinion